Création 2006 Corps
en boîtes dans le ville en
rut
Chorégraphie
et mise en scène : Kilina Crémona Création
en langue des signes : Joël Chalude Danseurs : Kilina
Crémona, Anne Quéguiner, Hubert Hazebroucq, Luis
Gomez, Nicolas Cheucle Composition musicale : Bernard
Fort Scénographie :
conception
Kilina Crémona | recherche et réalisation
Marie-Astrid Adam, Alain Boulerot Création
lumière : Stéphanie Gouzil
Création costume :
Malika Mihoubi
Equipe administrative :Camille Chabanon, Elisabeth Pasquier
"La
première fois que je suis arrivée à
New-York, on m’a parlé de downtown
et uptown pour m’indiquer des directions. Or, je
n’avais aucune idée
que cela signifiait une indication géographique de la
ville : downtown
étant perçu comme le centre-ville. Je me suis
tout de suite mise à
imaginer un monde souterrain et mystérieux avec des
personnages tout
droit sortis de
« Métropolis » qui,
réellement, peuplaient les
entrailles de la ville. Mes affabulations
m’étaient d’autant plus
crédibles qu’elles étaient
confirmées par tout un ensemble de signes
(comme par exemple, les plaques d’égouts
dégageant de la fumée) que je
ne décodais pas encore.
L’humanité est citadine. Elle
secrète des villes comme les abeilles des rayons de cire ou
les taupes
des réseaux de galeries. Les ruches et les galeries urbaines
en retour
façonnent l’esprit et le corps des humains. Les
humains sont des
caméléons urbains : ils prennent le
corps que leur impose la ville où
ils vivent.
L’homme blanc du XXI° siècle est un animal
dressé pour
la ville. Un indien yanomani est aussi incapable de se
repérer dans les
couloirs du RER à la station Châtelet aux heures
de pointe, qu’un
parisien dans la forêt amazonienne.
Se
déplacer dans la foule, se déplacer dans un
labyrinthe à parois de
verre. Etre doté d’un logiciel inconscient
beaucoup plus subtil qu’un
système de navigation réglé par le GPS
le mieux rôdé.
L’homme riche
des villes riches couvre son corps des fétiches de la
marchandise comme
l’homme de l’humanité archaïque
couvrait le sien de fétiches
religieux : le corps de l’homme riche devient un
package qui obéit aux
mêmes codes que les emballages qu’il
achète dans les supermarchés.
Verticalité des skylines qui se figent dans
l’image arrogante que les
villes donnent d’elles-mêmes,
horizontalité des déplacements qui
préfigure l’horizontalité que chaque
humain gagnera dans la mort.
Les
danseurs portent la ville à fleur de peau. Les corps
s’empilent et
s’encastrent, accumulation qui fait immeuble ou tas de
décombres.
Certains marchent, d’autres sont à même
le sol. Tous font la ville.
Certains suivent les rails des réseaux qui font la vie
sociale,
d’autres déraillent.
Dans la ville où le signe est partout, tout
est porteur d’une intention et d’un sens. Chaque
objet du mobilier
urbain devient ainsi part d’une communication non verbale
propre à la
ville. Sourds et entendants sont donc sur un pied
d’égalité, livrés
à
eux-mêmes, dans une même
« sémiothèque »
à ciel ouvert. Une jungle de
la communication où chaque signe (y compris ceux de la
langue des
signes) participe à un langage urbain commun.
J’imagine
une scénographie faite d’accumulations et de
dispersions où le corps et
le mouvement des danseurs est un matériau au même
titre que les pierres
des immeubles et les flux matériels ou
immatériels qu’elles abritent.
Le concept plastique va être celui de jonchée.
Je pense également
travailler avec des boîtes, des cubes et divers volumes.
Boites de
conserve, bidons des bidonvilles, cercueils, boites de sardines, boites
de vitesse, boites de nuit…D’où
l’utilisation du carton, dans le décor,
et dans les costumes.
J’ai
abordé donc ce thème de la Ville, choisi pour la
Biennale de la danse
de Lyon 2006, comme j’arrive à New York :
prête à explorer, imaginer,
affabuler…"